Réunis lors du 39e Sommet de l’Union africaine (UA) en Éthiopie, les chefs d’État africains ont lancé un cri d’alarme. Le Rapport 2025 sur les progrès de la lutte contre le paludisme, présenté par le Président du Botswana, Duma Gideon Boko, avertit que le continent se trouve à la croisée des chemins : sans une action immédiate, des décennies de progrès sanitaires pourraient être réduites à néant.
Un constat alarmant : 97 % des décès mondiaux surviennent en Afrique
Malgré les efforts passés, les chiffres de 2024 révèlent une réalité brutale :
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270,8 millions de cas enregistrés sur le continent.
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594 119 décès, dont 75 % concernent des enfants de moins de cinq ans.
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Seuls 5 pays ont atteint les objectifs du Cadre catalytique 2025.
La baisse drastique de 70 % de l’aide publique internationale pour la santé en quatre ans aggrave la crise. Les experts préviennent qu’un sous-financement prolongé pourrait entraîner une recrudescence massive, dépassant le million de morts par an d’ici 2030.
Souveraineté sanitaire : L’Afrique prend le leadership
Face au désengagement de certains partenaires internationaux, les dirigeants africains prônent une « approche de la société dans son ensemble ».
1. Mobilisation des ressources nationales
Grâce à l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA), 12 pays ont déjà mobilisé plus de 200 millions de dollars via des partenariats public-privé. L’objectif est de réduire la dépendance extérieure et de créer des systèmes de santé résilients, capables de supporter les chocs climatiques.
2. Innovation et production locale
L’Afrique ne veut plus être une simple consommatrice de technologies. La Présidente de la Tanzanie, Samia Suluhu Hassan, a mis en avant le travail de l’Institut d’Ifakara sur le forçage génétique : « C’est une science africaine, menée par des chercheurs africains, pour un défi africain. » Le Nigéria, de son côté, accélère la production locale de moustiquaires de nouvelle génération et de tests de diagnostic rapide pour garantir l’autonomie des chaînes d’approvisionnement.
Les outils de nouvelle génération gagnent du terrain
L’espoir réside dans le déploiement rapide d’innovations de pointe :
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Moustiquaires à double action : Elles représentent désormais 74 % des distributions, étant 45 % plus efficaces contre les moustiques résistants.
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Vaccination massive : 24 pays ont introduit les vaccins approuvés par l’OMS, avec près de 30 millions de doses administrées en 2025.
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Chimioprévention : Un nombre record de 22 pays mettent en œuvre des stratégies saisonnières.
Un appel à l’action pour les partenaires mondiaux
Le Dr Michael Adekunle Charles, PDG du RBM Partnership, rappelle l’enjeu économique : « Chaque dollar investi dans le Fonds mondial génère 19 dollars de rendement. » Les dirigeants africains appellent à la relance du Malaria Booster Programme de la Banque mondiale et demandent aux donateurs internationaux d’honorer leurs engagements financiers. L’élimination du paludisme d’ici 2030 pourrait injecter 140 milliards de dollars dans les économies africaines.












