Dawes Island : un jugement qui secoue l’industrie pétrolière nigériane

Dawes Island : un jugement qui secoue l’industrie pétrolière nigériane

Le secteur amont nigérian traverse une nouvelle zone d’incertitude. Une Haute Cour fédérale a annulé la révocation, décidée en 2020, de la licence du champ marginal de Dawes Island au profit d’Eurafric Energy Limited, alors que l’actif est exploité depuis 2022 par Petralon 54 Limited.

Cette décision remet en cause le refus de renouvellement prononcé par l’autorité de régulation après l’expiration de la licence d’Eurafric en 2019, restée sans production commerciale pendant 17 ans. Petralon a depuis interjeté appel et obtenu un sursis à exécution en attendant la décision des juridictions supérieures.

Au-delà d’un simple différend contractuel, l’affaire soulève des questions majeures sur la stabilité réglementaire du Nigeria, en pleine mise en œuvre de la Petroleum Industry Act (PIA) et relance de la production pétrolière.

L’AEC dénonce un « abus de pouvoir judiciaire »

La Chambre africaine de l’énergie (AEC) a vivement réagi, estimant que le jugement constitue un précédent préoccupant pour les entreprises nigérianes développant des champs marginaux.

L’organisation pointe notamment :

  • L’application présumée rétroactive de la PIA, entrée en vigueur en août 2021, à des décisions prises en 2019 et 2020

  • L’assimilation d’un test de puits (62 000 barils produits) à une production commerciale durable

  • La prise en compte d’un accord de farm-out non signé comme fondement juridique exécutoire

Selon l’AEC, ces éléments fragilisent le principe de sécurité juridique, essentiel pour attirer des capitaux dans l’amont pétrolier.

Petralon met en avant ses investissements et sa production

Désignée opérateur du champ sous la licence PPL 259, Petralon affirme avoir respecté l’ensemble de ses obligations réglementaires.

Alors que la licence exigeait un seul puits, l’entreprise a investi près de 60 millions de dollars pour forer deux puits et déployer les infrastructures nécessaires à la mise en production en moins d’un an.

Bilan annoncé :

  • Plus de 150 000 barils produits

  • Exportations via le terminal stratégique de Bonny

  • Paiement des redevances à l’État

  • Engagement à doubler la production

Le lancement du deuxième puits, supervisé en novembre 2025 par le ministre d’État aux Ressources pétrolières, illustre l’alignement entre l’opérateur et les autorités.

Ces résultats contrastent fortement avec les années de non-production précédentes.

Un signal sensible pour les investisseurs

L’affaire intervient alors que le Nigeria déploie des réformes structurantes comme :

  • La politique « drill or drop »

  • Le « Project One Million Barrels » visant à accroître la production nationale

Pour de nombreux acteurs du secteur, déstabiliser un opérateur ayant investi et généré des revenus fiscaux pourrait envoyer un signal négatif au marché.

NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC, résume l’enjeu :

« Petralon a foré, investi et payé des redevances. Remettre en cause ces progrès envoie un mauvais signal aux investisseurs. »

Petralon, un acteur établi de l’amont nigérian

Fondée en 2014, Petralon s’est progressivement positionnée comme un acteur crédible du secteur pétrolier nigérian.

Entre 2021 et 2022, l’entreprise a levé 60 millions de dollars pour soutenir sa croissance. Elle détient aujourd’hui :

  • Un champ exploité

  • Deux actifs non exploités en eaux profondes

  • Une participation indirecte dans Prime Oil & Gas, exposée aux blocs OML 127 et OML 130, incluant les champs majeurs Agbami, Akpo et Egina

Cette présence en eaux profondes confirme son statut d’opérateur discipliné et aligné sur les cadres réglementaires.

Stabilité juridique et avenir du secteur

Au cœur du débat : la prévisibilité du cadre réglementaire nigérian.

Dans un contexte de concurrence mondiale pour attirer les capitaux énergétiques, la sécurité contractuelle et la cohérence des décisions judiciaires sont déterminantes.

La décision finale des juridictions supérieures sera donc stratégique pour l’avenir du champ Dawes Island — mais aussi pour la confiance des investisseurs dans le secteur pétrolier nigérian.

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