Nouveau rempart contre les mutilations génitales féminines

Nouveau rempart contre les mutilations génitales féminines

La lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF) franchit une étape décisive : celle des tribunaux. Un nouveau rapport d’Equality Now, soutenu par la fondation Thomson Reuters, révèle comment les survivantes et les défenseurs des droits humains utilisent désormais le contentieux stratégique pour forcer les États à agir et protéger les acquis juridiques face aux tentatives de recul.

Le droit comme bouclier contre les violences sexistes

Les MGF touchent plus de 230 millions de femmes et de filles à travers le monde. Si la pratique est reconnue comme une violation grave des droits humains, son interdiction peine parfois à se traduire dans les faits.

Le rapport d’Equality Now, intitulé « En route vers la justice », analyse la situation dans des pays clés comme le Burkina Faso, le Kenya, la Gambie et la Sierra Leone. Il démontre que porter plainte n’est plus seulement un acte individuel, mais une stratégie globale pour :

  • Combler les lacunes juridiques : Identifier les failles dans les lois nationales.

  • Établir des précédents : Créer une jurisprudence qui protège les générations futures.

  • Responsabiliser les États : Rappeler aux gouvernements leurs obligations internationales.

Des victoires historiques : Les exemples du Kenya et de la Sierra Leone

Le contentieux stratégique a déjà prouvé son efficacité :

  • Au Kenya : En 2021, la Haute Cour a rejeté une contestation cherchant à légitimer les MGF au nom de la culture. Cette décision a préservé l’une des législations les plus strictes d’Afrique.

  • En Sierra Leone : En 2025, la Cour de justice de la CEDEAO a condamné l’État, lui ordonnant de criminaliser explicitement la pratique et d’indemniser les survivantes.

Un front fragile : La menace des reculs législatifs

Le rapport souligne une tendance inquiétante au recul, notamment en Gambie. Après l’échec d’une tentative d’abrogation de la loi anti-MGF au Parlement en 2024, le débat s’est déplacé devant la Cour Suprême. Un verdict en faveur de l’abrogation pourrait créer un précédent dangereux, faisant passer les arguments religieux ou culturels avant les droits fondamentaux à la dignité et à la santé.

Les obstacles à une justice réelle

Malgré les lois, les poursuites restent rares. Le rapport identifie plusieurs freins systémiques :

  1. Manque de formation : Policiers et magistrats sont souvent peu outillés pour gérer ces dossiers sensibles.

  2. Sous-financement : L’application des lois nécessite des budgets dédiés aux enquêtes et au soutien des victimes.

  3. Stigmatisation : La peur des représailles empêche encore de nombreuses survivantes de saisir la justice.

Vers une approche multisectorielle

Pour Divya Srinivasan, d’Equality Now, le litige est puissant mais ne suffit pas seul. Une éradication durable exige :

  • Une aide juridictionnelle gratuite pour les survivantes.

  • Des campagnes de sensibilisation communautaires.

  • Un investissement massif dans l’éducation et la santé.

« Le contentieux stratégique est l’un des moyens les plus puissants de combattre les MGF en mettant en évidence les lacunes de protection », affirme-t-elle.

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